A combien s’élève le montant de l’argent détourné ?

Les procès qui se sont succédés à une cadence régulière mettant en cause des chefs de groupes industriels privés, ceux qu’on appelle les oligarques et deux gouvernements qui les ont parrainé et aidés à détourner l’argent public pour leur profit exclusif restent étonnamment muets sur le montant exact de ces détournements. On parle certes, de milliards de dinars mais on ne donne aucun chiffre précis. On sait cependant que les plus grosses sommes ont bénéficié à Ali Haddad. Des sommes octroyées sous forme de crédits bancaires et qui ne sont toujours pas remboursées. Qu’en est-il des autres hommes d’affaires choyés par l’ancien système politique ? Ont–ils eux aussi bénéficié de crédits des banques publiques et de quels montants s’agit-il ? Dernièrement lors du procès de Mahieddine Takhout le trésor public qui s’est constitué partie civile a réclamé le remboursement de plus d’une centaine de milliards de centimes. C’est sans doute un chiffre en deçà de la réalité. Toujours est-il que cette affaire de détournement de l’argent public au profit de tiers est d’une grande complexité. Certes on procèdera à la saisie des biens et des actifs déposés en banque mais est ce que les dépôts seront –ils suffisants pour, d’une part, rembourser les crédits contractés auprès des banques et d’autre part revenir au trésor public par le biais de la fiscalité ? Il y a matière à en douter car ces oligarques aujourd’hui incriminés et qui sont pour la plupart emprisonnés gardent une grande partie des bénéfices engrangés dans des lieux secrets qu’ils connaissent bien et qui n’ont jamais été déclarés au fisc. Il serait puéril de croire qu’ils aient gardé des sommes colossales d’argent liquide chez eux. La question consiste à savoir ou cet argent est-il caché ? La justice qui instruit depuis presque une année ces affaires a ordonné des perquisitions aux domiciles des accusés mais celles-ci n’ont rien donné. On aurait trouvé tout au plus des bijoux de famille et des sommes dérisoires déposées dans des coffres à l’intérieur des domiciles de ces accusés. Or c’est le reste c’est-à-dire l’essentiel des sommes détournés qui suscite le plus grand intérêt. Où est donc passé tout cet argent ? Est-il enfoui quelque part ? A-t-il été investi dans des sociétés écrans que les enquêtes n’ont pu identifier la source ? A-t-il été déposé chez des personnes sures moyennant des intérêts ? Ou a-t-il tout simplement été transféré à l’étranger après sa reconversion en devises fortes ? Les réponses attendues mettront un temps considérable et il n’est pas sur que celles-ci donneront satisfaction. En fait ceux qu’on appelle les oligarques ont commencé à prendre au sérieux ce qui leur arriverait si Bouteflika, leur protecteur n’arrivait pas au bout de son cinquième mandat. Cette question taraudait leurs esprits et ils ont sans doute pris leurs précautions en prenant ce qu’il y avait à prendre sans en laisser la moindre trace. Leurs appréhensions se sont avérées juste car le mouvement populaire qui s’est déclenché le 22 février 2019 a confirmé leur inquiétude. Les évènements se déclenchant très vite poussant l’ex président de la république à démissionner a conforté une telle appréhension et c’est sans doute cela qui les a poussés à agir rapidement car ils savaient fort bien qu’ils étaient dans la ligne de mire de celui qui a poussé à la démission l’ex président. Aujourd’hui et quoi que fasse la justice il y a fort à penser que nous ne connaitrons jamais le montant exact des sommes d’argent qui ont été détournées au cours de ces dix dernières années.

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