Benjamin Stora et Abdelmadjid Chikhi travailleront ensemble

Pour la première fois depuis l’indépendance du pays les deux pays concernés à savoir la France et l’Algérie viennent de décider d’un commun accord d’aborder la question mémorielle liée à la colonisation de l’Algérie. Il faut considérer cela comme un évènement important. Jusqu’ici l’ex pays colonisateur a toujours refusé de reconnaitre les méfaits et les drames dus à cette colonisation qui dura 132 ans. Tous les anciens présidents de la cinquième république avaient occulté le fait colonial en Algérie qui a, à son palmarès des actions répréhensibles comme la confiscation des terres des Algériens, leur déchéance dans leur position d’habitants dans  leur statut particulier d’indigènes, leur déculturation massive par les restrictions qui leur avaient été imposées les empêchant d’accéder à l’enseignement de leur langue respective et celle du français en dehors des grandes villes et villages mixtes. Cependant tout cela n’est rien par rapport à ce qui allait se passer en 1945 et entre 1954 et 1962. C’est au cours de cette période que la colonisation française allait montrer son vrai visage et celui-ci est monstrueux. Le 8 mai 1945  jour fêté dans le monde qui a consacré la capitulation de l’Allemagne hitlérienne qui a mis fin à la seconde guerre mondiale où les Algériens participèrent en grand nombre et dont des milliers d’entre eux sont morts au combat pour la France les nationalistes à peine tolérés par le régime colonial ont rappelé aux français leur désir d’émancipation. Ils furent écrasés par une répression féroce qui causa la mort de 45000  civils, la plupart d’entre eux des paysans qui furent sommairement exécutés dans leurs douars ou mechtas.

La France coloniale venait pour la première fois dévoiler son vrai visage, celui d’un pays niant les droits humains les plus élémentaires.

Au cours de la deuxième période, celle de l’insurrection menant à la guerre de libération nationale l’ex colonisateur allait utiliser toute sa puissance militaire pour livrer un combat inégal considérant l’inégalité des forces en présence mais également se livrer à des exactions terribles contre la population algérienne. Toute une panoplie de mesures seront expérimentées et cela commence par le déplacement des populations et leur concentration dans des zones contrôlées par l’armée française (les fameuses SAS) mais aussi  par la torture généralisée à tout algérien suspecté de faire partie de la rébellion, comme on le disait à l’époque . L’arrivée du général De Gaulle au pouvoir en 1958 suite à une tentative de putsch des généraux français n’allait pas arranger les choses car la guerre va s’intensifier et embraser tout le territoire entrainant avec elle des centaines de milliers de victimes collatérales, toutes algériennes. Tous les moyens seront alors utilisés pour tenter d’écraser le peuple algérien qui depuis cette période faisait front commun avec les combattants des djebels. Pour la France coloniale tous les Algériens devenaient FLN comme on le déclarait pendant ce temps. Les actes de torture devenaient la norme et les exécutions sommaires étaient devenues la règle. Cette histoire là la France post coloniale a toujours refusé de la reconnaitre. Certes il y a eu une tentative timide amorcée par le président François Hollande de reconnaitre à demi mot les « dérives » commises par son pays mais on est très loin du compte. L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la république française va marquer un tournant dans cette question mémorielle. Avant même qu’il n’ait été élu, Macron, lors d’un passage effectué à Alger, avait qualifié de crime contre l’humanité les exactions commises par son pays lors de la guerre d’Algérie.

Une expression inédite qui allait soulever un tollé généralisé en France, notamment par les partis de la droite et de l’extrême droite.

Les choses en sont restés là jusqu’à ces dernières semaines où les deux présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron qui sont en contact régulier et qui se parlent sans fioritures sont convenus unanimement d’en finir avec cette question mémorielle qui empêche les deux pays de regarder l’avenir en toute sérénité et de construire enfin comme les deux chefs d’Etats le souhaitent un nouveau départ dans les relations entre les deux pays en scellant définitivement ce passé ombrageux dont se servent encore les nostalgiques d’une certaine Algérie française que l’indépendance du pays leur reste encore au travers de la gorge comme cela a été prouvé dernièrement par la déclaration haineuse de Marine Le Pen. Les deux présidents se sont alors mis d’accord pour révéler officiellement ce qui s’est passé réellement au cours de ces 132 ans de colonisation de l’Algérie. Deux noms ont été désignés et tous deux sont aujourd’hui officiellement validés. Coté français ce sera Benjamin Stora, un historien qualifié par Abdelmadjid Tebboune d’’honnete et Macron est du même avis que son homologue algérien. Cet algérien de souche, francisé par le décret Crémieux est né à Constantine en 1950. L’historien qu’il est devenu par la suite a toujours dérangé par ses propos la nomenklatura politique de la cinquième république. L’extrême droite lui voue une haine incommensurable et la réaction  de celle-ci ne va pas tarder à le fustiger encore une fois. Coté algérien  pour les partis islamistes  particulièrement l’appartenance de Stora à la communauté juive sera sans doute abordée les jours prochains. Tebboune et Macron ont prévu ce genre de scénario mais leur détermination  est entière. Ils veulent absolument en finir avec cette question mémorielle qui empoisonne les relations entre les deux pays qui ont qu’on le veuille ou non une histoire commune. Coté algérien le président de la république a confié la mission de décortiquer la mémoire à un éminent chercheur et historien. Il s’agit d’Abdelmadjid  Chikhi, directeur général du Centre national des archives algériennes. C’est l’homme à qui on doit le rapatriement des cranes des résistants algériens. Très apprécié aussi bien par nos historiens et par les chercheurs français il est la personne tout à fait désignée pour entamer le travail de mémoire avec Benjamin Stora. Les deux hommes se connaissent bien et s’apprécient mutuellement. Leur sens de l’écriture de l’histoire fait abstraction d’un quelconque parti pris et ils sont loin des querelles idéologiques. Leur souci est de transmettre enfin la vérité de ce cette période de l’histoire entre les deux pays dont les zones d’ombre jusqu’ici persistantes n’ont jamais été éclaircies. Leur travail mettra du temps car il n’est pas question de bâcler un travail aussi sensible que celui de la mémoire. Néanmoins une chose est sure il ne mettra pas des années car l’essentiel est déjà archivé dans les deux pays. L’accord de dépoussiérer ces archives est aujourd’hui donné. C’est cela qui compte avant tout. Lorsque le rapport final sera connu par l’opinion  publique des deux pays il révèlera bien des surprises des deux cotés de la Méditerranée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *