L’épargne des ménages durement éprouvé

 

 

Par Djamel Saadi

Une grande partie des Algériens qui ont un emploi ont pris l’habitude d’épargner pour acheter un logement, une voiture, des dépenses nuptiales ou mettre quelque argent de côté pour parer à un éventuel évènement à caractère imprévisible, ont renoncé depuis l’apparition de la pandémie qui a entrainé les mesures de confinement que l’on sait et qui durent jusqu’à ce jour éprouvant durement cet épargne, jugée par eux indispensable. Selon une étude récente réalisée par l’office national des statistiques 90%  des ménages épargnants n’ont pas versé le moindre dinar au niveau de la CNEP ou dans leurs comptes épargne auprès des banques. Cela a d’ailleurs contribué au manque de liquidités que le pays connait actuellement. Le ralentissement de l’économie a empêché ces ménages d’épargner le minimum de leurs salaires. La plupart des salariés, y compris la fonction publique dépensent jusqu’au dernier centime leurs paies et souvent ils n’arrivent même pas à boucler leur fin de mois. Beaucoup d’entre eux se sont alors résignés à retirer de l’argent de leurs comptes épargnes. Pouvaient-ils faire autrement ? La situation de ces centaines de milliers d’épargnants est aujourd’hui précaire, préoccupante même. En fait on assiste à un appauvrissement de la classe moyenne or c’est cette classe qui représente l’indice le plus probant de la santé économique d’un pays. Sans le dynamisme de celle-ci et notamment par son concours à l’épargne, les finances publiques ne pourront pas se régénérer. Il y a aujourd’hui deux classes sociales, celle constituée par les nantis qui disposent de revenus très élevés et ceux qui sont dans le circuit informel. Cette catégorie de la population n’a jamais épargné. Elle thésaurise ou se réfugie dans une valeur sure comme l’or. L’autre classe est aujourd’hui uniformisée car on ne fait plus de distinction entre les très faibles et les moyens revenus. Quand tout est dépensé en un temps record dans les biens de consommation lesquels sont actuellement soumis à l’inflation le pouvoir d’achat qui est aussi un indice significatif de la croissance économique subit l’érosion. A un moment donné l’argent ne circule plus et cela freine considérablement les efforts consentis par le gouvernement d’aller de l’avant. Dans une économie qui fonctionne relativement bien la plupart des gouvernements augmentent les salaires donnant ainsi un coup de fouet au pouvoir d’achat qui a un effet d’entrainement sur la croissance économique. Or dans le cas actuel de notre économie en détresse il est hors de question d’augmenter des salaires sans un répondant de productivité. Il faudrait pour cela que le pays se remette à fonctionner normalement et retrouve la vigueur qu’il a perdue au cours de ces derniers mois de confinement. Cette perspective s’éloigne malheureusement de jour en jour car l’épidémie est toujours là et ne fait qu’augmenter ajoutant ainsi un verrou supplémentaire au démarrage de notre économie. Toutes les bonnes volontés ne suffisent pas pour stimuler celle-ci. Le plan de relance prévu le mois prochain est conditionné par la situation sanitaire. Si celle-ci ne s’améliore pas et que le confinement partiel n’est pas levé définitivement tout espoir de relance sera anéanti. D’où le recours impératif de mesures drastiques, forcément impopulaires devant être appliquées à la population. A quoi sert un confinement partiel imposant un couvre feu de 20 heures à cinq heures du matin qui n’est pas du tout appliqué ? A quoi sert le port du masque obligatoire si celui-ci n’est pas observé ou s’il l’est c’est avec une désinvolture totale le rendant inutile ? A quoi sert la fermeture des cafés, restaurants alors que dans les rues on assiste à des attroupements  des gens dans les magasins, les souks sans aucun respect des gestes barrière ? Toutes ces questions doivent être abordées avec  une priorité absolue. Sans un tel effort et sans une réelle détermination des autorités à mettre fin à cette stigmatisation qui touche des secteurs vitaux qui font vivre des milliers de familles toutes les solutions s’avèreront vaines car les mécanismes leur permettant d’enchainer tous les maillons de la chaine économique ne fonctionnent pas ou partiellement. Il reste un mois pour la rentrée sociale et scolaire, il faut faire vite si on ne veut pas retomber dans l’approximatif, ennemi juré des stratégies à long terme. Comment feront les ménages pour affronter ce second semestre s’ils ne disposent pas de ressources nécessaires ? Le défi qui attend le gouvernement est tout simplement titanesque.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *