L’aide algérienne au Liban, qui seront les bénéficiaires ?

 

L’Algérie officielle a largement manifesté sa sensibilité suite au drame que vient de subir le Liban. Le président de la république, quelques heures après la catastrophe qui a touché la capitale libanaise a téléphoné au président Michel Aoun lui exprimant sa tristesse sur ce qui vient de se produire et l’a assuré de l’aide de l’Algérie. Aussi tôt dit aussitôt fait. Trois avions cargos d’aide humanitaire et un autre transportant des secouristes et des équipements d’urgence médicaux ont décollé hier d’Alger en direction de Beyrouth. Dans le chaos indescriptible qui existe aujourd’hui dans cette grande cité, longtemps désignée la perle du Moyen-Orient, l’aide internationale dont celle de notre pays sera-t-elle perceptible ? Sachant bien qu’il existe aujourd’hui une rupture consommée entre l’Etat libanais et la société libanaise. Le fait même que le gouvernement de ce pays n’ait toujours pas situé les responsabilités dans cette explosion gigantesque qui a pulvérisé la presque moitié de la ville ,causant des dégâts matériels qui se chiffrent aujourd’hui à trois milliards de dollars ,sinon plus et mettant dans la rue trois cent mille personnes ayant totalement perdu leurs logements et qu’il n’ait pas fait le moindre geste pour soulager la détresse de ces milliers d’habitants aujourd’hui livré à eux mêmesrend extrêmement difficile l’organisation de cette aide internationale qui commence à affluer en nombre suffisant. Pour en revenir à l’aide algérienne qui vient d’être renforcée par l’envoi d’un hôpital de campagne militaire la question qu’il faut poser concerne sa destination. Est-ce qu’elle sera remise aux autorités officielles ? Dans tel cas elle ne sera certainement pas visible et n’aura pas l’impact souhaité par l’Algérie. Par contre si elle touche avec l’autorisation de ces mêmes autorités directement la population sans passer par le moindre intermédiaire, les Beyrouthins sauront avec la précision qu’il faut que les Algériens ont été à leur coté au lendemain même de cette tragédie. Dans ce contexte libanais durement touché par une crise économique terrible qui les menace de pauvreté et de famine il faut cibler l’aide et les gestes de solidarité qui s’ensuivent. Il ne faut surtout pas se tromper de destinataire car cela équivaut à un coup d’épée dans l’eau. Avec ce qui se passe actuellement au Liban les Algériens qui ont toujours entretenu d’excellentes relations autant avec l’Etat de ce pays qu’avec les populations, toutes confessions religieuses confondues, doivent maintenir le juste équilibre avec les officiels qui dirigent ce pays meurtri et la sociétélibanaise dans son ensemble et sans faire de distinction. Une partie difficile mais jouable politiquement et humainement. Sans faire comme fait actuellement la France avec son président qui vient de démontrer au monde entier qu’elle considère encore le Liban comme un pays sous mandat français alors que celui-ci a été abrogé en 1945, faisant accéder le Liban à l’indépendance politique. Le président français s’est érigé en donneur de leçon et a blessé l’honneur des dirigeants de ce pays en exigeant d’eux qu’ils entreprennent au plus vite des réformes politiques. Il agissait ainsi en donneur d’ordres, ignorant ou feignant d’ignorer que ce pays est régi par un système de quotas communautaires dont il est impossible de casser car si cela se faisait c’est le scénario libyen qui se mettrait en place et alors ce pays risquerait une implosion qui mettrait fin à son existence en tant qu’Etat. Dans cette partie qui se joue actuellement sur fond de ce drame qui vient de secouer ce pays le monde arabe, lui-même divisé ne joue pas son rôle, laissant les puissances étrangères jouer chacune d’elle son atout. L’Algérie qui a connu une période quasiment analogue où le lien entre le peuple et ceux qui le gouvernaient était rompu peut contribuer diplomatiquement comme elle le fait aujourd’hui avec la Libye à éteindre le feu des passions en se mettant alternativement du coté du peuple libanais et de ceux qui le dirigent. Une telle intention serait longuement applaudie par les parties en présence surtout qu’il y a eu un précédent au cours de la guerre civile libanaise qui a pris fin grâce notamment au concours de la diplomatie algérienne dirigée à l’époque par Lakhdar Brahimi.

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