Point de vue-Le management public en quête d’un nouveau souffle.

En matière de management public, les choses semblent se renouveler à un rythme accéléré depuis l’avènement du président Abdelmadjid Tebboune aux commandes de la République en décembre dernier. Seulement, ce qui est frappant dans ce mouvement de renouvellement des ressourceshumaines, c’est qu’il se fait sous le mode de la sanction ou de la réaction à des manquements graves dans le domaine de la gestion. Les effets de l’économie de la cooptation des compétences alliées parfois à l‘économie de la prédation sont bien présents dans tous les secteurs où les actifs publics sont engagés. Le premier ministre Abdelaziz Djerad a dû le constater de visu en visitant le Complexe sidérurgique d’El hadjar avant-hier poussant sa franchise, au-delà des précautions de langage liées à sa fonction, en déclarant que « la mafia n’avait désormais plus  sa place à El hadjar et n’agira plus à travers ses complices ».Pareil propos est certainement pesé pour la circonstance et donne une idée sur les dérives du management public sous l’ancien régime, lequel management public a eu ses heures de gloire à travers les grands capitaines d’industrie et ils sont nombreux dans la sidérurgie, la plupart aujourd’hui disparus dont Messaoud Chettih, ex PDG du Groupe Sider, enterré dans ses terres d’origine à Laghouat au mois d’octobre 2019 et décédé suite à une longue maladie qui a eu le dessus sur son tempérament de combattant tranquille mais déterminé dans l’exercice de ses responsabilités managériales. Cette génération partie, celle des premiers ingénieurs et polytechniciens de l’indépendance, la relève n’a pas été au rendez-vous,du moins pas au niveau de qualité attendue. Et ce n’est pas la faute de l’Université au sens large, celle-ci a continué à former en grand nombre certes mais avec une qualité marginale prouvée. Le problème se situe ailleurs.C’est le système de cooptation clanique qui a brouillé les cartes, privant l’économie nationale de la possibilité de renouveler sa sève managériale de manière sereine et planifiée. Résultat des courses,nous sommes arrivés à une situation telle que ceux qui partent sont meilleurs que ceux qui arrivent, phénomène paradoxal dans un pays qui a un potentiel énorme de renouvellement de ses ressources en bon ordre et selon des critères de performance admis par les gens de chaque corps de métier. Autrefois,l’Algérien qui s’intéressait à la chose publique était souvent satisfait de savoir que telle personne avait remplacé telle autre aux commandes d’une entreprise publique, attendant un plus du nouveau venu, étant convaincu que le nouveau dirigeant était déjà préparé à prendre le relais dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, et à chaque nomination touchant au mangement public, on se demande d’où vient la personne nommée et quel cercle d’influence se cache derrière elle. Eckhoun li ouarah ? (qui est derrière lui ?en français) est la question lancinante des animateurs de forums au Café populaire, souvent fréquenté par l’Elite anonyme. A la réponse, la déception est souvent désarmante, tant les considérations à l’origine de la nomination demeurent floues, voire frappées du sceau de la suspicion, au vu du décalage flagrant entre la personne et les exigences du poste. Cette approche chère aux DRH est loin d’être respectée en matière de nomination dans le secteur public à tous les niveaux. Alors pour fermer la porte définitivement à toute velléité d’influence maffieuse sur le management public et les inconséquences qui peuvent en résulter sur le plan de la dilapidation des ressources publiques, l’exemple d’El hadjar étant édifiant à ce propos, il s’agit de revoir de fond en comble la grille d’éligibilité aux responsabilités managériales dans le secteur public, domaine d’exercice du pouvoir régalien de l’Etat, s’agissant de la régulation de l’économie nationale. La virée du premier ministre au Complexe sidérurgique d’El Hadjar, est l’occasion de donner un nouveau souffle au management public, en privilégiant la compétence, l’expérience et le sens du service public, triptique souvent absent chez les gestionnaires de la nouvelle génération, formatés par  la logique qui consiste à ne pas déranger pour ne pas être dérangé. Le premier ministre a du se faire une idée précise sur la question, à la lumière de sa visite à Annaba pour lancer également les épreuves du baccalauréat. « Session Covid19 »,comme il s’est plu à le rappeler aux candidats avec un sens de l’humour très paternel! Sésame de connaissance qu’il s’agit de réhabiliter partout. C’est la connaissance qui sert de  rempart contre toute « mafia » agissante ou tapie dans l’ombre.

Abdelali KERBOUA

 

 

 

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