Affaire des 700 kg de cocaïne-Un magistrat inculpé

La 9eme chambre du tribunal de Sidi M’Hamed vient de mettre en examen un magistrat ( juge d’instruction) dont le dossier de Kamel Chikhi, dit le boucher, a atterri à son niveau et qu’il avait mis de coté, engendrant ainsi cette lenteur inexplicable (17 mois) de cette affaire qui avait fait, on s’en souvient, la Une de tous les journaux.

Ce magistrat est également accusé d’avoir annulé, en son temps, un mandat d’arrêt concernant l’ancien ministre controversé, Chakib Khalil. Il répondra donc devant ses pairs de ces deux accusations. En attendant un autre juge d’instruction vient de reprendre cette ténébreuse affaire dite des 700 kilos de cocaïne introduits dans le pays au cours de l’année 2018 qui a fait grand bruit et qui avait provoqué le limogeage de l’ex directeur général de la DGSN  aujourd’hui emprisonné mais pas pour cette affaire. Kamel Chikhi a aussi été condamné à une peine de quatre années de prison ferme. Le jugement prononcé contre lui considère qu’il n’y avait pas un lien direct désignant le « boucher » comme le véritable auteur de l’entrée dans le pays d’une telle quantité de drogue dure. On se serait servi des conteneurs transportant de la viande congelée en provenance du Brésil sans qu’il le sache. C’est l’argument de la défense de cet accusé qui a prévalu dans la prononciation du verdict. Finalement on retourne à la case départ. Le nouveau juge d’instruction en charge de cette affaire doit ainsi reprendre le dossier 1er l’éplucher dans ses moindres  détails. Il confiera sans doute, à nouveau, l’enquête à la police judiciaire et à la gendarmerie nationale qui travaillent conjointement. C’est donc un rebond dont les retombées accableront peut être d’autres personnalités ayant occupé des postes régaliens ou non. Le ministre actuel de la justice veut aller loin en ressortant des affaires non classées et cette affaire de la cocaïne en est une et elle est même importante car elle prouve que le pays, en ce temps là, se trouvait dans une déliquescence totale. Il y avait dans le pouvoir politique de l’époque trop d’intervenants à commencer par des ministres en poste mais aussi des hommes d’affaires qui prospéraient dans l’ombre au mépris de toutes les lois de la république. Il y aurait même des complicités dans certains corps constitués. Il y aura donc une sorte d’autopsie diligentée par Zeghmati qui jouera le rôle de médecin légiste pour connaitre l’origine de cette affaire. Les questions posées à l’époque par les enquêteurs chargés de mettre en lumière  toutes les connexions liant l’affaire en question, à commencer par la provenance d’une telle quantité ainsi que les commanditaires car il n’ y a vraisemblablement pas qu’un seul,  n’ont toujours pas de réponses. L’autre énigme, la plus importante probablement, concerne l’acheminement de ces 700 kilos de « chnouf ». Etait–elle destinée à la consommation intérieure, prélude à un trafic de masse de stupéfiants en Algérie ? Ou était–elle destinée à l’Europe en transitant seulement par l’Algérie. Dans ce cas aussi le pays aurait été en passe de devenir une plaque tournante du trafic de stupéfiants vers le vieux continent comme l’est actuellement le Maroc ou certains pays subsahariens comme le Burkina Fasso. On aurait alors parlé d’une Algéria connexion où des quantités de drogue auraient été acheminées de la Guyane française qui a une frontière poreuse avec le Brésil dont l’Algérie est un des grands clients de viande congelée, spécialité de Kamel Chikhi, qualifié d’empereur de ce type de viande. Est-ce que le dossier recouvert aujourd’hui permettra au nouveau magistrat d’aller aussi loin dans cette affaire qui demandera certainement du temps, sauf que cette fois-ci il ne s’agit pas de geler le dossier mais de le réchauffer au maximum pour enfin livrer des réponses considérées comme  toujours énigmatiques ?

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