Digression économique-Le capitalisme est-il maudit en Algérie ?

Le tribunal de Sidi M’hamed à Alger a condammné hier les membres de la fraterie Kouninef, frères et sœur, à l’issue d’un procès riche en révélations les unes plus fracassantes que les autres, à de lourdes peines allant de 12 à 20 ans d’emprisonnement, la sœur jugée par contumace, écopant de la peine maximale prévue en l’occurrence par le Code pénal, puisqu’étant considérée par la Justice en fuite à l’étranger.

Les décisions de justice ne sont  pas sujettes à commentaire par principe. Ce qui l’est plus et doit l’être pour le principe, c’est cette débâcle inédite du capitalisme à l’algérienne, sinon comment expliquer que toutes les fortunes accumulées dans le domaine des affaires en Algérie par des gens présentés comme un modèle de capitalistes à suivre se retrouvent remises à plat par la justice et leurs propriétaires réduits patrimonialement à zéro, en payant au passage la note du déshonneur en tant que citoyens algériens. Que s’est-il passé pour qu’on en arrive là ? Tout simplement, c’est ce qui arrive quand le capitalisme est surfait ou est le produit par délégation d’un mode d’accumulation du capital d’essence étatique. L’Etat voulant se débarrasser des tares idéologiques du « socialisme d’antan », cela était  plus attrayant, aux yeux du reste du monde, majoritairement capitaliste du point de vue patrimonial, de favoriser l’émergence d’une classe de « capitalistes » très entreprenants à même de transformer l’image du pays et de le rendre éligible au Club des échanges mondialistes. Seulement là où la mayonnaise n’a pas pris, c’est le mode de préparation et de mise en œuvre de ce modèle de création de richesse, censé être à base de capitaux marchands, fruit d’une concurrence libre et transparente. La faute originelle, c’est que le capital est resté aux mains de l’Etat, détenteur du monopole de la rente petro-gazière et son distributeur exclusif. La donne se complique davantage quand le mode de distribution devient essentiellement « politique », fait d’une combinaison subtile de servilité, d’allégeance et de corruption, comme mode de rétribution pour services rendus ou indus avantages à valoriser pour le « donneur d’ordre » institutionnel, souvent diffus dans les arcanes du pouvoir politique. En bout de compte, cela donne une image délétère du capitalisme chez nous, vite rangé dans la case « tous pourris », alors que dans la réalité il est l’œuvre de la Grande Bureaucratie d’Etat dont l’ennemi numéro 1 n’est autre que la libre entreprise renouant avec les principes de la combinaison saine capital-travail. Cela ne s’est pas fait parce que le capitalisme algérien n’a pas pu ou su s’autonomiser par rapport à l’Etat et s’est placé d’emblée dans une relation de dépendance prononcée par rapport à la dépense publique qui a fini par se confondre avec le capital, aux yeux de nos entrepreneurs capitalistes en panne d’inspiration entrepreneuriale, en particulier pour ceux qui payent aujourd’hui pour leur proximité malsaine avec l’ancien régime, se posant peu de questions ou pas du tout en matière d’éthique de l’argent et les postures morales qu’elle exige de tout entrepreneur capitaliste, s’agissant, in fine, de l’argent du contribuable algérien. Alors le capitalisme est-il aussi maudit que cela chez nous ? Pas si sûr si un minium d’exigences en matière d’Etat de droit étaient remplies jusque-là. Et là, il n y a pas photo et si la justice est aussi sévère, c’est que souvent le droit était bafoué pour servir des intérêts sectaires et claniques, enjambant allègrement la puissance régalienne de l’Etat dans pas mal de situations. On reparlera de capitalisme quand l’Etat de droit sera pleinement souverain. En attendant, la puissance régalienne de l’Etat doit faire le ménage nécessaire. Sans cela, rien ne pourrait fonctionner normalement. Et éviter ainsi aux Algériens des épisodes de prédation semblables à l’avenir. Et les pertes incalculables subies en matière de patrimoine économique national. Et c’est là le plus grand dommage pour l’Algérie !

AbdelaliKERBOUA

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