Annaba-Des salariés peinent à retirer leur argent des postes

Le problème de la fluidité financière au niveau d’Algérie-Poste et de certaines banques, notamment publiques, a fait redécouvrir subitement un phénomène social oublié depuis longtemps chez nous, du moins à grande échelle. Il s’agit du phénomène de la file d’attente ou chaine, pour le commun des mortels. Depuis le mois de juillet passé, les salariés et retraités algériens surtout, mais pas seulement, redécouvrent ce que attendre veut dire pour recevoir son dû, fruit de son travail présent ou de son travail passé capitalisé à travers ses cotisations à la CNR durant toute une carrière. Ce phénomène économique, à la base, puisqu’il s’agit de ressources financières, des dinars algériens, devenus, par on ne sait quel tour de magie, insuffisants, voire très rares dans certaines grandes villes du pays, notamment à l’est du pays, et en particulier dans la ville d’Annaba. Il était courant de voir les agences postales de la Wilaya assiégées le 26 de chaque mois, jour de versement des retraites, mais l’assaut durait un jour ou deux au plus, et on n’en parlait plus jusqu’au mois prochain. Et chaque retraité retournait chez lui, après cette expédition épuisante pour les personnes âgées, avec sa retraite en poche. Ce n’est plus le cas depuis le mois de juillet passé dans la Wilaya d’Annaba où nous avons constaté le phénomène de visu. Le phénomène nouveau réside dans le fait que les fonds que reçoivent les agences postales ne suffisent plus quotidiennement à satisfaire la demande en numéraires des détenteurs de comptes dits CCP (compte courant postal) et beaucoup de pensionnaires de la CNR reviennent bredouilles chez eux , après avoir subi la fatigue de la file d’attente, souvent désorganisée et lieu privilégie de production de discours « politiques » pour certains, se découvrant des capacités de tribuns qu’ils ignoraient certainement par temps normal. Plus fondamentalement, le fait de ne pas recevoir son argent en temps voulu est une atteinte au droit du citoyen algérien de disposer du fruit de son travail. Et là-dessus, personne n’oserait dire le contraire. Le Président de la République a noté en plein été le caractère anormal de cette situation, apportant des éléments d’explication, allant de la circulation de la monnaie dans le circuit informel de façon massive, y associant le ralentissement économique dû à la COVID 19, et soupçonnant au passage l’existence probable d’agissements malveillants visant à l’assèchement de la masse monétaire disponible dans le circuit financier officiel. Une enquête a été ordonnée par le président Abdelmadjid Tebboune. Ses résultats ne sont pas publics à ce jour. D’un point de vue macroéconomique, ce qui se passe n’a pas lieu d’être car l’Etat n’est pas en faillite. Si c’était le cas, on l’aurait su il y a bien longtemps. Ce qu’i l y a lieu de noter, c’est que le travail explicatif du gouvernement manque de pertinence argumentaire et ne va pas au fond des choses. L’Etat, émetteur souverain et unique  de monnaie, doit en émettre quand il vient à manquer de billets en circulation en quantité suffisante, surtout en temps de crise. Et la crise de la COVID 19 est une crise majeure et multidimensionnelle par excellence. Et c’est là où la pertinence macroéconomique de l’utilisation du dispositif de financement non conventionnel (planche  à billets) doit être mis à l’épreuve du terrain pour arrêter la dégradation du service public et du lien social qu’il entretient entre gouvernants et gouvernés. Et c’est le nœud gordien de la puissance régalienne de l’Etat en ces temps de mutation  où ce dernier se fixe pour objectif de rétablir dans le temps la confiance entre gouvernants et gouvernés. En commençant par payer les Algériens, tous les Algériens. Pour éviter à ce vieux retraité de crier devant le guichet de poste «  honte à vous. Je ne suis pas venu demander l’aumône. Juste prendre mes 18.000DA. Donnez-les moi et je vous foutrai la paix ». A situation exceptionnelle, remède exceptionnel. C’est vraiment le cas de le dire et les pouvoirs publics doivent prêter toute ouïe à la détresse humaine qui monte. Même si elle n’est pas générale. Elle ne devrait pas exister. Et c’est cela qui n’est pas normal !

Par Abdelali KERBOUA

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *