Récupération de l’argent détourné-Les procédures pourront durer une dizaine d’années

Plusieurs avocats du barreau d’Alger dont Maitre Sidhoum se sont exprimés sur le problème de la récupération de l’argent détourné et de la saisie des biens de toutes ces personnes jugées et incarcérées. Leurs avis convergent. Les procédures judiciaires et administratives mettront beaucoup de temps.

En fait le gouvernement savait déjà que ce ne serait pas facile. Il n’a jamais tablé sur une récupération rapide des sommes colossales détournées, celles qui se trouvent dans le pays reviendront, tôt ou tard  au trésor public. Par contre l’argent qui a pris la destination de l’étranger c’est une autre affaire, surtout s’il est placé dans des pays qui n’ont pas signé de convention avec l’Algérie et ils sont nombreux à être dans ce cas. Quant à l’argent placé dans des comptes off shore alors là il faut faire son deuil. En ce qui concerne les avoirs des personnes jugées et condamnées définitivement par la justice, c’est-à-dire après avoir épuisé tous les recours (Appel et cassation auprès de la cour suprême), les procédures administratives prendront un temps considérable. Les gens condamnés ne se laisseront pas faire ils engageront une armée d’avocats pour faire valoir leurs droits. Ce sera une bataille juridique qui prendra des années, dix ans au moins, selon Me Sidhoum. Les tribunaux ne pourront se prononcer définitivement qu’après avoir en leur possession tous les rapports d’experts des deux parties, celle civile enclenchée par le trésor public et celle des concernés à travers leurs avocats. C’est alors que les juges ayant latitude de juger ces affaires rendront leur verdict ? Et là encore ce n’est pas fini car les défenseurs des accusés pourront faire appel et si celui-ci confirme le premier jugement les avocats recourront à la cour suprême et si celle–ci déboute la partie civile, un autre procès aura lieu. C’est comme disent les avocats une bataille de procédures qui prendra des années car il n’ ya pas que le trésor public qui est dans le coup il ya aussi les banques publiques qui ont accordé des crédits faramineux à ces hommes d’affaires , promoteurs , entrepreneurs et patrons de groupes industriels et qui attendent aujourd’hui le recouvrement de  ces crédits . En ce qui concerne la saisie des biens mobiliers et immobiliers les procédures qui sont déjà engagées ne sont qu’à leur début. Il y a, au dire des avocats de la complexité car souvent ces biens ne sont pas au nom des personnes concernées par la saisie. Si par exemple une ou plusieurs d’entre elles impliquées dans les affaires de détournement ont légué une partie de leur patrimoine immobilier à des tierces personnes qui ne figurent pas dans les dossiers les incriminant ces biens ne seront pas saisis. Beaucoup de ces oligarques qui ont profité des largesses du régime politique précédent se sont débrouillés pour transférer une partie de leur patrimoine meuble et immeuble à des personnes de confiance. Certes ils prenaient un risque mais à l’époque ils considéraient que le régime mis en place par l’ex président de la république aurait de belles années devant lui, meme après la mort de ce président. Aujourd’hui, incarcérés ils doivent se mordre les doigts car ils ne sont pas surs qu’ils récupéreront à leur sortie de prison les biens qu’ils possédaient mais qui n’étaient plus en leurs noms. Il n’en demeure pas moins que les procédures de saisie d’avoirs bancaires et de biens physiques engagées par l’Etat sont bien réelles et ne sont aucunement fictives comme les réseaux sociaux ne cessent de l’affirmer. Cela mettra certes du temps mais l’Etat survit aux hommes et tout ce que celui-ci récupérera  est un acquis et pas des moindres. Pendant des décennies de l’argent du peuple a été détourné et a profité à des clans proches des pouvoirs qui se sont succédé depuis l’indépendance. Certains de ceux-ci ont réussi à en sortir indemnes et profitent grandement aujourd’hui de cet argent mal acquis sans être inquiétés outre mesure. Certes cela n’a pas pris l’ampleur de ces vingt dernières années mais ils existent. Ceux-là ne seront jamais inquiétés. Le plus réconfortant c’est que dans cette Algérie de 2020 et celle des années qui suivront la magouille et l’escroquerie à grande échelle sous la couverture et la bienveillance de l’Etat sera vite repérée et sanctionné illico avec un retour rapide de l’argent détourné.

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