Au lendemain du référendum – Un quart égale deux tiers ou l’égalité impossible

 Le président de l’ANIE (Autorité Nationale Indépendante des Elections) Mohamed Charfi  a communiqué hier à l’adresse de l’opinion publique composée notamment de presque 24 millions d’électeurs les résultats provisoires sortis des urnes, au sens propre cette fois-ci,  du référendum populaire sur le texte de la Constitution remaniée, telle que voulue par le Président élu Abdelmadjid Tebboune, depuis sa campagne électorale pour accéder au poste présidentiel, voilà de cela plus d’une année déjà.

 Le taux de participation à l’échelle nationale est établi à  23,72 % alors que le pourcentage de « OUI » recueilli par le nouveau texte fondamental est de 66, 80 %. Autant dire pour simplifier la compréhension de la portée de cet événement électoral que ¼ des électeurs a voté et que dans ce lot de votants 2/3 ont voté pour l’adoption du texte soumis à référendum. Ce qui donne, en apparence, une majorité confortable des deux tiers. Dans ce jeu d’appréciation statistique,  il y a un sentiment mitigé qui se dégage. On peut se poser la question du gagnant et du perdant. Pour le gagnant, c’est sans contexte la transparence du scrutin. Énoncer les chiffres tels qu’ils sont est une avancée notable dans l’organisation des consultations de la population par les urnes et un pas en avant dans le respect du choix souverain du peuple des Lois qui gèrent la Cité et des Institutions qui portent ces mêmes lois. Pour le perdant, c’est la légitimité par défaut du scrutin dans le sens où l’indifférence criarde des Algériens à la chose politique se manifeste avec force. Nourrie par de longues années de manipulation du choix populaire pour les besoins politiques du moment, cette indifférence a pris l’allure, avec le temps, d’une défiance affichée à l’égard des gouvernants selon la conviction populaire que tout était joué d’avance et que le peuple ne servait que « d’alibi démocratique » pour consolider des enjeux de pouvoir sur lesquels il n’avait aucune prise. Ce qui s’est passé le 1er novembre 2020 est un processus déclencheur du changement par défaut au sens où la force du nombre a été palliée par la vérité crue du désintérêt populaire face à un texte qui engage son avenir. Prendre acte de ce désintérêt est une manière pertinente de la part des gouvernants du moment de dire que le chemin du changement commence par la reconnaissance de ce qui est vrai et d’éloigner ce qui est vrai des forces d’influence qui ont dénaturé le sens de la volonté populaire pendant longtemps. C’est la seule manière de rendre, à l’avenir, l’égalité impossible en arithmétique possible dans l’arithmétique sociale de la démocratie à construire. C’est le chemin à emprunter pour restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés, socle premier de la démocratie dans une Cité apaisée et civilisée. Les résultats de ce scrutin poussent à la réflexion sociologique sur les ressorts profonds qui commandent l’Algérien dans sa relation à soi, à son pays et à sa Nation. Le nouveau texte adopté à minima selon les canons du jeu démocratique dresse les jalons de cette refondation de la relation de l’Algérien à ceux qui le gouvernent. Maintenant reste le temps de l’application et  de la rupture avec les schémas de pensée éculés qui privilégient le spectacle à l’action porteuse de progrès. La légitimité populaire du pouvoir politique en place par ce sentier étroit. A emprunter d’urgence même si celui qui ouvre ce sentier est pour le moment absent. Espérons pour lui un retour prochain à son rôle d’éclaireur. Et c’est peut être son vœu le plus cher en ces temps où voir clair est devenue une mission complexe. Beaucoup de repères ont été bousculés par la Covid 19. A commencer au niveau humain !

Par Abdelali KERBOUA

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