Gerald Darmanin à Alger-Une visite sur fond de tension

Le ministre français de l’intérieur, Gerald Darmanin est depuis hier à Alger pour une visite de deux jours qui prend fin aujourd’hui. Cette visite était programmée depuis longtemps et attendue. Ce n’est donc pas une surprise mais néanmoins elle intervient dans un contexte de tension entre les deux pays après la déclaration du premier ministre français qui avait déclaré dernièrement sur la chaine télé TF1 que la France n’exprimait aucun regret sur son passé colonial.

Cette visite du ministre français de l’intérieur qui a été longuement reçu par son homologue algérien, Kamel Beldjoud au départ ordinaire, s’agissant d’une consultation régulière entre les membres des deux gouvernements  prend aujourd’hui une autre signification à cause des attentats terroristes qui ont secoué l’hexagone ces derniers jours. La loi contre le séparatisme dit islamise qui vient d’être adoptée et promulguée renforce les sanctions contre toutes les associations musulmanes soupçonnées d’être des foyers de radicalisation. Certes celles qui sont le plus visées sont d’origine turque ou qatarie. Aucune association musulmane dirigée par des Français d’origine algérienne ne figure sur la liste de celles qui ont été dissoutes ou appelées à l’être. Alors pourquoi Darmanin est–il venu ? Officiellement c’est pour renforcer les liens de coopération entre les deux ministères de l’intérieur, particulièrement dans le domaine du renseignement. Officieusement pourtant il s’agit bien d’autre chose. En fait le ministre français est venu demander aux autorités algériennes à ne pas s’opposer à l’expulsion de ressortissants algériens, fichés S ou soupçonnés d’appartenir à la branche dite radicale de l’islam. Parmi les Algériens qui sont éligibles à l’expulsion figurent des bi nationaux et cela c’est nouveau. Jusqu’ici seuls les citoyens algériens bénéficiant d’un permis de séjour qui ont une attache prouvée  avec les islamistes  désignés radicaux ont reçu des avis d’expulsion vers leur pays d’origine. Les bi nationaux qui sont avant tout français ne l’ont jamais été. D’ailleurs la procédure d’expulsion de français a toujours été retoquée par le Conseil constitutionnel français. Cette procédure discriminatoire envers des citoyens de ce pays vers leur pays d’appartenance n’est pas recevable en Algérie. C’est pourtant ce que Gerald Darmanin est venu plaider, demandant à son homologue algérien de bien vouloir faciliter une telle opération et accueillir ces  indésirables français d’origine algérienne. Il y a peu de chance que la démarche française aboutisse. Gérald Darmanin qui s’est rendu à Tunis avant son voyage d’Alger a obtenu l’accord des autorités tunisiennes, toujours enclines à se plier aux injonctions de Paris. D’ailleurs la Tunisie a été le seul pays arabe à ne pas avoir condamné les caricatures du prophète de l’Islam  à l’opposé de l’Algérie et du Maroc qui ont affiché leur profond désaccord. Si Darmanin espère obtenir les mêmes avantages que ceux qu’il vient d’obtenir à Tunis, il se trompe manifestement  car il y a une différence énorme dans le traitement de toutes les affaires liées à notre émigration algérienne qui remonte au début du siècle dernier et celles de l’ex protectorat français exercé sur la Tunisie et le Maroc. Des liens historiques nouées dans la douleur et les drames que nous savons lient l’Algérie et la France par les accord de 1968 qui existent toujours et qui ne sont pas remis en cause même si l’extrême droite dirigée par Marine le Pen exige leur abandon, ce qui ne se produira jamais car la France compte sur son sol quatre millions de français d’origine algérienne et la plupart d’entre eux sont nés en France depuis deux générations. Le droit du sol leur est appliqué le plus naturellement du monde, sans compter ces deux ou trois millions d’Algériens qui disposent  de permis de séjour allant de cinq à dix ans. En réalité l’émigration algérienne occupe la plus haute place du podium et cela les français le savent très bien. Cette démarche de Gerald Darmanin qui est lui aussi d’essence algérienne puisque son grand père qui avait émigré en France était un Algérien de pure souche est pour le moins ambigüe et s’éloigne considérablement du climat de confiance entre les deux pays, climat renforcé ces derniers temps par le président français qui  a donné l’impression qu’une page nouvelle est en train de s’ouvrir avec la question mémorielle. Nous en sommes loin !

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