Plan de relance économique-Freiné à cause de la pandémie et de la rente pétrolière

Le ministre des finances Ayman Benabderrahmane faisant face aux députés de l’APN qui examinent  en ce moment le projet de la LF 2021 a déclaré que la fin de 2020 sera très difficile pour les finances publiques, elle le sera un peu moins en 2021 mais subira les conséquences de l’année en cours. En clair selon le ministre le plan de relance économique mis en place en été est décalé.

Les causes de ce freinage sont connues. Il y a d’abord la pandémie et ses conséquences néfastes sur le plan économique qui touchent d’ailleurs le monde entier et il y a ensuite la faiblesse de nos exportations de pétrole et de gaz qui procurent plus de 90% de nos revenus en devises et s’il faut ajouter un prix du baril à 40 dollars pour le Blend saharien on comprend dès lors nos difficultés de trésorerie. Un plan de relance ambitieux comme il a été présenté lors de la conférence nationale vers la fin de l’été dernier ne peut être réalisé dans ces circonstances exceptionnelles. Il faudra à l’Algérie un rééquilibrage de ses ressources financières or cela demandera au moins deux ans si ce n’est plus.  Le ministre des finances a souligné qu’il faut s’attendre à des difficultés de trésorerie durant les deux prochaines années. Ainsi Ayman Benabderrahmane a annoncé que le dinar va connaitre chaque année une dépréciation de sa valeur monétaire face au dollar qui est la monnaie de référence, une baisse de valeur de 5%, ce qui entrainera indubitablement une hausse significative de l’inflation qu’on peut estimer à plus de 4%, ce qui entrainera une érosion du pouvoir d’achat déjà laminé par les conséquences de confinements successifs imposés par la pandémie. Quant à la croissance qui est pour cette année de 2%, celle-ci passera si tout se passe bien dans le partenariat public–privé et grâce à la réalisation de projets structurants à presque 4%. Cependant la préoccupation majeure consiste en les déficits de trésorerie publique que nous connaitrons l’année prochaine et celle d’après (2021 et 2022). Ainsi l’Algérie enregistrera un déficit en trésorerie publique estimé à moins de 17, 6%  du PIB  en 2021 et en 2022. Le déficit budgétaire (dépenses publiques) se creusera davantage au cours de ces deux prochaines années, il sera de l’ordre de 13, 75% (dette publique). Tout dépendra donc de l’amélioration de l’économie mondiale en termes de croissance. Si les pays demandeurs d’hydrocarbures renouent avec la croissance la demande en pétrole et en gaz augmentera et rééquilibrera les marchés mondiaux. Le prix du baril passera probablement au dessus de soixante dollars ce qui permettra à l’Algérie de respirer financièrement. Pour le moment c’est le temps des vaches maigres et ce sera comme cela pendant les deux ou trois années à venir. Nos recettes provenant de la vente du pétrole et du gaz parviendront en 2021 et avec difficulté à atteindre les 23 milliards de dollars. Nos réserves de change, quant à elles sont actuellement  de 45, 84 milliards de dollars, représentant 16 mois d’importations. La bonne nouvelle néanmoins concerne le rééquilibrage de notre balance des paiements, suite à la réduction de nos importations de biens d’équipements et de consommation. Deux années difficiles et c’est le moins que l’on puisse dire attendent les Algériens. Les plus touchés seront les classes les plus défavorisées de la population qui sont composées de citoyens ne bénéficiant que d’un seul revenu ou de pécules provenant de petits travaux intérimaires. Les classes moyennes seront-elles aussi durement touchées par la dévaluation du dinar, l’inflation et l’érosion visible de leur pouvoir d’achat. Quant aux perspectives d’emploi elles seront quasiment nulles au cours de ces deux prochaines années. Le chômage augmentera et la paupérisation de larges pans de la société sera perceptible et contraignante pour l’Etat lequel devra, encore une fois de plus activer avec davantage de substances monétaires les mécanismes de solidarité nationale.

Les orientations du Président

A cet effet il est important de rappeler que durant l’une des séance de travail avec les membres du gouvernement, le chef de l’Etat a donné des instructions fermes aux ministres qui ont assisté à cette séance de travail, en présence du premier ministre. Il a notamment insisté sur le caractère social de ce plan sans pour autant sacrifier l’efficacité et le rendement de l’économie dans toute sa diversité. Pour le président de la république les domaines qui doivent être privilégiés sont l’agriculture et l’industrie. Concernant la première le chef de l’Etat a particulièrement insisté sur le rendement de toutes  les terres agricoles qu’elles soient au nord ou au sud du pays. Il faut atteindre l’objectif d’une autosuffisance en produits agricoles surtout ceux qui sont encore importés tels que le blé, la betterave sucrière, le soja, l’arachide et le riz, des produits qui peuvent sortir de la terre algérienne. Il suffit pour cela d’y mettre les moyens et tout sera fait pour que cette mise en place de ces moyens soit effective, dans les meilleurs délais. Concernant l’industrie le président a insisté sur la restructuration profonde du modèle industriel. Une restructuration qui touchera en premier lieu l’organisation des entreprises publiques qui donnera la possibilité d’inclure  la participation du secteur privé national ou des investisseurs étrangers dans la gestion de celles-ci. En ce qui concerne le secteur privé productif il faudra revoir toute la législation en vigueur dont certains aspects constituent un frein pour l’expansion de ce secteur. Il faut aller de la réflexion devant éradiquer totalement toutes les pesanteurs bureaucratiques. Il faut élaborer des lois facilitatrices permettant à tout promoteur d’un projet porteur de croissance et de développement de réaliser son projet et c’est là qu’intervient la numérisation a souligné le président qui  souhaite que dans un avenir des plus proches, chaque promoteur de projet crée sa propre entreprise ou start-up à partir d’un clic sur son ordinateur. Tebboune a demandé au ministre chargé de la prospective d’accélérer la cadence de la numérisation dans tous les domaines d’activité et particulièrement en direction des jeunes dont le génie n’est plus à prouver a-t-il ajouté. Abordant le domaine des matières premières brutes que l’Algérie dispose en suffisance comme le fer et le zinc le chef de l’Etat a exhorté le ministre de l’industrie et des mines de relancer la production des gisements de Gara Djebilet à l’ouest du pays et ne plus se contenter d’exporter uniquement le minerai brut  mais de transformer celui-ci en produit semi fini devant permettre la naissance d’une véritable industrie équipementière utilisant les différentes variétés de l’acier puisque le pays dispose aujourd’hui de trois pôles sidérurgiques, deux à l’est (El Hadjar et Bellara) , le troisième à l’ouest (Tosyali). Enfin le chef de l’Etat a particulièrement insisté sur la réduction de toutes les dépenses inutiles sans toucher a-t-il insisté celles qui concernent le bien être social du citoyen. Le projet de relance économique et social devra être présenté au conseil des ministres qui lui sera spécialement consacré.  La date de la tenue de celui-ci n’a pas été précisée et retardée par ce nouveau confinement qui porte encore une fois un sacré coup à l’économie algérienne.

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