Les marches du vendredi-L’exigence d’une organisation

L’exigence d’une organisation

Le ministère de l’intérieur a trouvé la formule pour encadrer les manifestations hebdomadaires du vendredi. Elle est imparable du point de vue juridique et surtout elle ne contredit nullement la constitution qui autorise les manifestations publiques, sauf que …

Oui ! Sauf que ces manifestations doivent être organisées comme le prévoit la loi fondamentale. Cette organisation doit être chapeautée par des associations de citoyens ayant pignon sur rue, de syndicats, ou de ligues agréées. Il faut qu’elles soient identifiées et elles doivent désigner le parcours de leurs marches. En plus elles doivent être encadrées par leurs propres services d’ordre afin d’éviter tout dérapage. Si toutes ces conditions sont remplies alors il suffit seulement d’une simple déclaration transmise au ministère de l’intérieur spécifiant l’heure du début de la manifestation , la durée de celle –ci , l’itinéraire que doivent prendre les marcheurs , l’identification des services d’ordre qui doivent être munis d’un badge ou d’un brassard et les pancartes de signalement de tel ou tel organisateur . Ces nouvelles dispositions que vient de prendre le ministère de l’intérieur sont conformes à celles qui existent à travers le monde et ne contredisent nullement la constitution qui autorise les manifestations publiques. C’est donc bien la fin des manifestations que nous avons connues jusqu’ici et qui ont donné lieu, ces derniers temps à des déviations de part et d’autre car il n’y  avait aucune balise donnant lieu à leur déroulement normal. Quant au label Hirak, celui-ci n’a plus de raison d’être car pour le pouvoir sa mission est terminée et il est passé à l’histoire. Ainsi le sommet de l’Etat veut installer des gardes fous tout en ne violant pas la constitution qu’il a mise en place et qui a été votée par référendum. Le gouvernement veut éviter un simulacre de « gilets jaunes » à l’algérienne qui a donné lieu ces dernières semaines à des confrontations avec les forces de l’ordre, lesquelles ne savaient pas comment agir lorsque des manifestants veulent forcer des barrages qui leur interdisaient l’accès à une artère de ville. Les manifestants à leur tour ne comprenaient pas qu’on puisse leur interdire tel ou tel accès. Il y avait donc, bel et bien un flou juridique. Chaque partie affirme de son coté son bien fondé. Les forces de sécurité qui recevaient des ordres, lesquels n’étaient pas bien définis. Les manifestants  de leur coté estimaient que leur droit de manifester ne devait pas s’arrêter à quelques espaces publics. A présent que l’aspect juridique est mis en place les choses deviennent plus claires. D’une part le principe de droit consistant à manifester publiquement et pacifiquement est reconnu et inaliénable et d’autre part toute manifestation publique ne doit pas revêtir un caractère insurrectionnel donnant lieu à une révolte permanente qui deviendra, tot ou tard incontrôlable. La démocratie universelle qui est fondée sur la liberté des citoyens de s’exprimer, de dénoncer l’arbitraire d’où qu’il vienne a  mis en place des balises consistant à ne pas troubler l’ordre public et virer vers des formes anarchiques qui sont le propre de l’extrémisme. Cet objectif du juste milieu où le citoyen peut exprimer son mécontentement sur des sujets bien précis est une garantie pour l’exercice d’un Etat de droit. Le pays vient de se doter d’instruments visibles et connus de tous. Ceux–ci doivent être acceptés par la société. La démocratie est un long apprentissage composé de civisme et de respect des lois. Le chemin est encore long pour les citoyens algériens qui ont été depuis l’indépendance empêchés d’exercer leur citoyenneté à part entière. Ils se sont enflammés comme ce fut le cas en 1988, ils se sont livrés à des émeutes sporadiques quand leurs droits sociaux ont été spoliés, ils se sont levés comme un seul homme pour dire non à un fait accompli que voulait leur imposer un pouvoir enraciné depuis vingt ans et qui voulait se transformer en monarchie constitutionnelle mais ils n’ont pas assimilé le fonctionnement d’une vraie démocratie qui exige de la discipline dans les actes et une réflexion approfondie pour donner à ces actes un sens et une raison d’être totalement assimilés par  les gouvernants . Cela passe par le respect de certaines règles devenues incontournables du moins au début de cette route qui mène vers la liberté sans concession, aucune.

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