mardi, décembre 7, 2021
ActualitésMinuit, une minute Un 1er novembre 54

Minuit, une minute Un 1er novembre 54

Jour un de la révolution

 

Nous célébrons le plus important anniversaire de l’Algérie indépendante, celui du premier novembre 1954. Il y a soixante-sept ans, dépassé minuit, des dizaines d’attentats à la bombe ont frappé Alger, ses environs et Blida. Certes ils n’ont pas fait beaucoup de dégâts mais ils ont paniqué les autorités coloniales. Le lendemain, dans la région des Aurès, un instituteur ainsi qu’un Caïd, connu pour sa servitude éhontée à la France, sont exécutés. Le gouvernement général de l’Algérie est avisé. Une cellule de crise est installée au siège du gouvernorat à Alger. Paris est informé. Dans un langage codé déchiffré uniquement par le 2ème bureau qui deviendra plus tard la fameuse DST, on parle d’un début d’insurrection en Algérie et on prend au sérieux l’information. Il y a déjà un certain temps que les services secrets français soupçonnaient que quelque chose se tramait au niveau des nationalistes algériens qui militaient au MTLD. Ils savaient qu’un groupe de ces militants dont ils ne connaissaient pas le nombre (on saura plus tard qu’ils étaient 22) se réunissaient quelque part sur les hauteurs d’Alger mais ils ne sont pas arrivés à localiser le lieu. Par ailleurs les agents consulaires attachés à l’ambassade de France au Caire et qui étaient chargés de la surveillance discrète de chefs nationalistes dissidents du MTLD, à savoir Hocine Ait Ahmed et Ahmed Benbella qui résidaient dans la capitale égyptienne et jouissaient de la protection de l’Etat égyptien dirigé depuis une année par le colonel Nasser après le limogeage du colonel Naguib co-fondateur de la révolution de 1952.  Les agents français avaient observé des contacts réguliers de ces deux leaders avec le chef de l’Etat égyptien. Toutes ces informations réunies renforcent l’idée qu’il s’agit bien, cette fois-ci d’une insurrection armée organisée qui avait pour objectif de combattre la France en Algérie. Au cours des jours qui ont suivi ce premier novembre de cette année 1954 ce qui apparaissaient comme soupçons s’avérait vrai car une série d’attaques ont lieu simultanément à travers le territoire algérien. Ils étaient au début, concentrés au centre, incluant la Kabylie et à l’Est dont le bastion semblait être la chaine montagneuse des Aurès. Les autorités coloniales parlaient alors de bandes armées, qualifiées d’hors la loi. Ce n’est qu’une année après que l’on désigna ces « hors la loi » sous le vocable de « Fellaghas », terme emprunté par un mouvement armé tunisien, lequel sous l’impulsion de Habib Bourguiba voulait accélérer la date de l’indépendance de la Tunisie. Ce terme galvaudé disparut peu après de l’expression coloniale car celles-ci avaient pris connaissance du nom du mouvement qui dirigeait cette insurrection armée qui concernait toute l’Algérie. Ce nom c’est le Front de libération nationale. On prit alors conscience que cette fois-ci c’était du sérieux et que les « indigènes » comme on les qualifiait à l’époque ont déclaré la guerre à l’empire français qui intégrait l’Afrique du nord et l’ensemble de l’Afrique de l’ouest. Un tel empire se désintégrait à une vitesse grand V. Il y eut d’abord l’Indochine et la défaite cuisante de l’armée française à Dien Bien Phu. Il y eut ensuite ce foisonnement de mouvements indépendantistes qui étaient déjà, de longue date, enracinés au Maroc et en Tunisie et il y avait ensuite des élites africaines, comme Sékou Touré, Léopold Senghor, Houphouët Boigny et Modibo Kéita qui pressaient le gouvernement français dirigé à l’époque par Pierre Mendès France de mettre fin à la colonisation de leurs pays. Ce dernier s’empressa alors de leur accorder une large autonomie pour pouvoir garder l’Algérie au sein de la France car ce pays était statutairement indexé à la France métropolitaine comme la Corse. De plus le dixième de la population en Algérie était d’origine européenne ou de juifs ayant acquis la citoyenneté française. ¨Pour les dirigeants de la quatrième république, il n’était pas question de détacher l’Algérie de la France. Dans la logique française de l’époque il fallait écraser militairement cette insurrection qui s’étendait à présent sur l’ensemble du territoire algérien, du nord au sud et de l’est à l’ouest. Tous les moyens furent déployés allant des exécutions sommaires, aux bombardements de douars et de mechtas et jusqu’à l’emploi de torture systématique contre les populations autochtones pour mettre fin à ce qui était devenu une véritable guerre car depuis peu elle s’étendit jusqu’en Métropole. De plus le FLN et son gouvernement avaient acquis une audience internationale et tout ce qui se passait en Algérie ne laissait plus indifférent. L’ONU s’était saisie entre temps du problème algérien. Des grandes puissances comme l’Union soviétique et les Etats –Unis, mais aussi la Chine et tous les pays nouvellement indépendants demandaient à la France de régler politiquement le problème algérien. L’étau se serrait sur Paris dont l’Etat a mis fin à la quatrième république en la remplaçant par l’actuelle cinquième dirigée par le général De Gaulle qui avait compris dès son investiture que la France n’arriverait jamais à intégrer le giron des grandes puissances occidentales si elle persistait à garder l’Algérie plongée dans une guerre meurtrière qui n’en finissait pas et qui coutait la moitié du budget de l’Etat français. De plus la montée en puissance de l’appareil militaire soutenu par la population européenne d’Algérie faisait craindre le pire pour la république. Un mouvement identitaire et fascisant était en train de s’implanter en Algérie qui visait une prise de pouvoir par la force de l’Etat français. C’était aller trop loin dans la démesure et De Gaulle mit fin à cette tentative désespérée d’une Algérie française. Sept années et demie ont séparé ce 1 er novembre 1954 de celui qui sonna le glas à la présence française en Algérie

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