dimanche, juillet 3, 2022

One night in Algeria :
Toute l’Algérie à l’Olympia !

Le 4 juin, la mythique salle parisienne accueillait des artistes algériens de différents styles et de diverses régions du pays. Au programme : du raï, des musiques arabo-andalouses, de la pop, du hawzi… Et parmi les invités ? Cheiba Zahouania, l’ONB ou Sofiane Saidi… Une célébration intense et généreuse !

De la chaleur. Du bonheur. Des youyous en pagaille. Des drapeaux déployés vert et blanc, avec leur étoile, leur croissant rouge. Des « One two three, viva l’Algérie ! » hurlés en chœur… Dès les premières notes de cette folle nuit algérienne, déversées en cascade sur les fauteuils de velours rouges, symboles de l’Olympia, le mercure ne cessera de grimper dans la mythique salle parisienne, comble ce soir-là.

Déjà, dès les mélopées inaugurales de la Nouba Sika de la virtuose de la musique arabo-andalouse, Beihdja Rahal, spécialiste de la çanâa, l’école d’Alger, le public se révèle concentré, mais riche d’une ferveur prête à exploser. Sur scène, l’interprète de ce répertoire séculaire, accompagné de son kouitra, sorte d’oud, ne cache pas son émotion. Peu avant, dans les loges, elle confiait : « Quelle magnifique occasion de célébrer les soixante ans d’indépendance algérienne ! »

Après son tour de chant, le grand orchestre, dirigé par Kais Melliti, effectue un virage à 180° pour accompagner le deuxième invité : Hamidou, 40 ans de carrière au compteur, héros ultra-populaire du hawzi, style citadin dérivé du répertoire arabo-andalous de l’école de Tlemcen. Dès ses premiers déhanchés, le crooner à l’attitude un chouïa old-school, déchaîne les foules, qui chantent ses morceaux à pleins poumons. De bout en bout, le public entonnera les hymnes de son beau pays, comme l’immense tube de 2011, Zina, de Babylone, interprétée par la voix d’élégance de Dalia Chih. Ou encore sa reprise tout en délicatesse de A vava inouva. Le souvenir du tendre poète kabyle, Idir, disparu en mai 2020, plane sur une foule émue.

Une soirée caritative

Au fil de cette soirée, One night in Algeria, chaque artiste interprètera trois titres. Entre leurs prestations, deux animateurs, la journaliste Hana Guezzar et l’humoriste Cheikh Nhari, ambianceur de feu-Cheikha Rimitti, gardent la salle bien chaude. « J’ai conçu ce spectacle comme un show télé« , assume la chef d’orchestre des festivités, Soraya Nefissi. Productrice pour le petit écran, la dynamique quarantenaire, d’origine tunisienne, organisait des shows musicaux pour les émissions du PAF. « Un jour, je me suis dit : pourquoi ne pas mettre mon savoir-faire au service de ma communauté ?« , raconte-t-elle. En 2019, elle organise donc à l’Olympia One night in Tunisia. Un succès, au goût de récidive…. Direction l’Algérie. « Ce pays qui a tant souffert récemment, avec ses incendies meurtriers, son Covid virulent, avait besoin de joie !« , affirme-t-elle. Par ailleurs, les bénéfices de cette soirée caritative seront reversés à l’Association Franco-Algérienne de Pneumologie…

Mais le tour de force de Soraya et de son directeur musical Kais Melliti, aux arrangements subtils et équilibrés, résident dans leur capacité à avoir su réunir des représentants d’univers algériens qui, en général, ne se côtoient pas : des artistes raï, arabo-andalous, kabyles, etc. En bref, un voyage musical inédit, aux quatre coins de l’Algérie.

En coulisse, règne une joyeuse ébullition parmi les artistes, autour de ce maître-mot : « retrouvailles ». Tous partagent aussi cette fierté de se produire sur cette scène légendaire qu’ont foulé avant eux Brel, Aznavour, Hendrix, Khaled, et, bien sûr, Oum Kalthoum. En loge, Sofiane Saidi se rappelle : « À mon arrivée à Paris, je rêvais de décrocher un petit boulot ici, agent de billetterie, par exemple… Alors, me produire sur ses planches ! »

Sur cette fameuse scène, le prince du raï 2.0, comme à son habitude, mouille le maillot, chante son raï buriné par la vie, surgi du cœur et des tripes, forgé par sa voix rauque terriblement envoûtante. « Makach les chaises !« , hurle-t-il, pour inciter le public à se lever. Sur deux reprises de Raïna Raï, accompagné d’une paire de danseuses de Kif-Kif Bledi, il balance ses pas rock’n’roll, et ses déhanchés contagieux. Quand sur l’écran, il apparaît : son ex-complice, Rachid. L’hommage s’élève : Ya Raya. Taha s’invite à la fête… Et quelle fête !

Une grande fête, comme un « mariage algérien »

Elles sont trois, chantent à capella, accompagnées de tambourins : les sœurs Ammour de Tighri Uzar entraînent le public, en un tournemain, vers les montagnes de leur Kabylie. En trois morceaux, elles prouvent la force et la solidité inaltérables de leurs chants de femmes, à la fois séculaires et formidablement contemporains. Une magistrale leçon.

Eux aussi feraient presque figure d’ancêtres. Voilà près de trente ans qu’ils battent le pavé parisien, mais la recette de leur chorba, leur popote chaâbi-raï-ragga-funk-rock-salsa se révèle toujours aussi savoureuse et épicée. Avec notamment la reprise de leur tube Salam Aleikoum, les joyeux lurons de l’Orchestre National de Barbès prouvent qu’ils en ont encore sous le capot… Sous leurs assauts indomptables et leurs cuivres rugissants, les fauteuils de l’Olympia tremblent littéralement.

À ce moment de folie, succède un instant de grâce. Le public algérien la connaît depuis l’âge de six ans. L’auditoire français l’a découverte dans The Voice, dont elle fut demi-finaliste, sous la houlette de Florent Pagny. Yasmine Ammari avait subjugué le jury par sa reprise de La Mamma d’Aznavour… Ce titre résonne encore, ce soir, sous sa voix époustouflante.

Enfin, pour clore quasi trois heures de show, la voici, celle que tout le monde attendait, la dernière des cheikha, l’icône Cheba Zahouania, tout juste débarquée de l’avion en provenance d’Algérie. À chaque mot, chaque virgule, chaque souffle, le public l’accompagne. De la magie, une communion palpable…

Peu après les saluts, une petite foule se presse sous les lettres rouges au fronton de l’Olympia qui indiquent « One night in Algeria ». Ils attendent la sortie de leur idole… Comme pour jouer les prolongations. Soraya nous avait prévenus : « Ce sera une grande fête, comme un mariage algérien« . Ce genre de cérémonie généreuse, intense et flamboyante, dont le souvenir laisse entendre encore longtemps ses échos.

 

 

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