mardi, août 16, 2022

Algérie-tourisme :
Viser la bonne formule pour un meilleur décollage

Au plus haut sommet de l’État il ya, depuis l’effondrement des prix des hydrocarbures, une prise de conscience de la place du tourisme en Algérie. Il était grand temps. Comme quoi à chaque chose, malheur est bon. Depuis l’indépendance ce secteur a été stupidement négligé et réduit à la figuration alors que des pays en ont fait le moteur de leurs économies, augmentant ainsi, chaque année, leurs taux de croissance.

Chez nous, tous les gouvernements qui se sont succédés et il y en a eu,ont inscrit dans leurs programmes le tourisme à la fin de ceux-ci. Tous les ministères chargés de ce secteur ne faisaient qu’afficher de bonnes intentions mais sans expliquer avec la précision voulue lesquelles. En fait on n’a jamais élaboré de stratégie concernant ce secteur. Parmi les chefs de gouvernements ou premiers ministres il n’y en a pas eu un seul qui prit à bras le corps un domaine aussi fondamental. Une telle cécité parait aujourd’hui incompréhensible. Elle ne l’était pas à l’époque où le pétrole se vendait bien et rapportait au trésor public son matelas de devises. Pourtant en 1986 il y eut une baisse des prix de l’or noir aussi sévère que celle de 2014, aggravée de surcroit par un endettement sans précédent de notre pays. L’exécutif de l’époque aurait dû comprendre que le PNB du pays ne pouvait continuer à être exclusivement dépendant d’une seule source de ressource et qu’il fallait puiser dans tout ce qui pouvait créer une croissance au moins à un chiffre, en dehors du pétrole et du gaz. À l’époque les gouvernements avaient les pieds et mains liés par leur dépendance institutionnalisée au parti unique dont les membres, pour la plupart d’entre eux, faisaient preuve d’un manque flagrant de connaissances et de clairvoyance. Par ailleurs l’idéologie dominante, en fait l’unique, était largement inspirée du baathisme syrien et irakien (on sait aujourd’hui ce qu’ils sont devenus). Durant la décennie noire l’Algérie était perçue comme une zone de guerre et terreau fertile du terrorisme barbare. Notre pays était tout simplement infréquentable. Avec l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika et l’instauration de la paix civile, une brèche était ouverte pour relancer la dynamique du tourisme mais celle-ci fut encore reléguée au second plan par l’augmentation spectaculaire et constante du prix du baril de pétrole. Cette masse d’argent qui se déversait annuellement dans les caisses de l’État a fait tourner la tête aux dirigeants qui se sont tournés vers ce qu’ils considéraient comme le plus urgent à savoir l’habitat, les infrastructures et l’augmentation du pouvoir d’achat des citoyens. Tout cela c’est bien mais à cela, manquait indéniablement une vision du long terme et c’est cette absence de vision qui s’est avérée préjudiciable quand le mirage pétrolier prit fin et que le pays poussé dans sa lancée d’investir dans tous les domaines sauf le tourisme prit enfin la mesure de sa politique enivrante et qu’il comprit trop tard qu’il y avait autre chose que l’industrialisation ou l’habitat. Les dirigeants ont enfin saisi qu’ils étaient passé à côté d’une priorité, celle du tourisme.

Le tourisme certes mais lequel ?

À présent que le pouvoir a enfin réalisé qu’il avait commis une monumentale erreur de jugement il réfléchit au moyen de mettre en valeur un secteur très longtemps négligé. Il est conscient du retard et de l’existence d’une concurrence implacable qui touche ce secteur. Penser à développer un tourisme tourné à l’international relève de l’utopie car l’Algérie ne fait pas partie du gotha mondial du tourisme et encore moins de l’agenda des visiteurs étrangers modeste qui ont depuis longtemps accordé leur préférence à des pays à fort potentiel touristique comme la Grèce,l’Espagne, le Maroc et dans une moindre mesure la Tunisie ou pour les plus nantis et la Jet 7 des destinations récentes comme Dubaï. L’Algérie est perçue pour eux comme une terre inconnue malgré les meilleurs sites au monde qu’elle décèle et la variété exubérante de son folklore. Alors choisir une telle option relève du périlleux et du gaspillage d’argent en matière d’investissement. D’ailleurs il n’y a toujours pas de partenaire étranger sérieux du genre, multinationale qui ait pris d’engagement sérieux dans l’investissement de grands projets touristiques, à part la construction de grands hôtels du genre Sheraton mais ceux-ci sont plutôt tournés vers une exploitation domestique et surement pas internationale.

Une seule option possible : Le tourisme intérieur

Là aussi il faut bien étudier le créneau qui est, indiscutablement, porteur de croissance, créateur de richesse et pourvoyeur d’emplois. Pour arriver à de bons résultats il faut confier le secteur au secteur privé en y associant le public qui dispose déjà de ses propres infrastructures.  Seulement il ne s’agit pas de construire des hôtels en série, il faut imaginer autre chose que ces infrastructures qui,au demeurant, restent largement hors de portée des bourses moyennes or c’est avec les petites bourses que le tourisme domestique pourra prospérer. Il faut faire comme en France, pays que nous connaissons le mieux et que nous visitons régulièrement. La France première destination touristique du monde a scindé le tourisme en deux : Celui destiné aux visiteurs étrangers et qui cible Paris et les pays de Loire et celui qui est orienté exclusivement vers les français durant les vacances de juillet et Aout. L’idée que les promoteurs de ce pays ont choisis et qui fait recette est l’implantation au niveau du littoral méditerranéen et atlantique de camps de vacances qui sont légion et qui offrent des prestations à moindre coût aux vacanciers. Des camps de vacance constitués de mobiles home équipés de tout ce dont le visiteur a besoin et pouvant accueillir des familles.  Ce genre d’investissement est à la portée de tout promoteur. En Algérie c’est ce qui marchera le mieux non seulement sur le littoral (1200 km de côtes) mais aussi dans les zones sahariennes autour des oasis en hiver et dans l’Algérie boisée et verdoyante au printemps pour les gens des villes. Mais est-ce que ce sera suffisant pour faire de ce secteur une source de richesse ? Certes non ! car les hôtels construits récemment peuvent également jouer leur rôle d’hébergeurs de touristes pour des visiteurs appartenant à la classe moyenne ou pour les couples dont les deux conjoints travaillent et ont un bon revenu. Il suffira pour les séduire, réduire substantiellement le prix de la nuitée car aux prix affichés aujourd’hui par nos hôtels, il n’y aura pas foule et la plupart des chambres resteront inoccupées. En fait les promoteurs nationaux du tourisme doivent réfléchir sérieusement à la notion d’investissement qui, par essence, inclut le long terme et où la notion d’amortissement n’est pas ce préalable qu’ont toujours à l’esprit ces promoteurs. Amortir ne veut pas dire récupérer dans l’urgence l’argent investi mais plutôt faire marcher l’affaire dans la continuité. L’amortissement est une affaire de longues années et le promoteur qui aura compris cela sera celui qui gagnera sur le long terme de l’argent. Enfin le troisième volet permettant l’expansion et le développement du tourisme intérieur concerne la mise en place d’aires de distractions autour des endroits à vocation touristique car il ne s’agit pas seulement de se baigner à la plage la journée et de s’ennuyer mortellement durant la soirée. Des aires de distraction animées par des itinéraires du spectacle, des chanteurs, l’organisation de Karaokés, émerveilleront les touristes et leur feront passer de bonnes vacances. Par ailleurs les villes, en période touristiques doivent être, elles aussi mises à contribution. Les lieux de visites de leurs sites historiques (chaque ville en possède un ou plusieurs) animés par des guides formés pour cela. La nuit aussi ne doit pas être négligée: Les magasins, restaurants, cafés ne doivent pas baisser le rideau à 19 heures comme ils le font depuis des années. Ils doivent rester ouverts jusqu’à une heure tardive de la soirée. De même qu’il faut investir dans des endroits où on se détend du genre salles de spectacles ou discothèques. C’est cela le tourisme et pour le moment on en est encore très loin. Va-t-on enfin se décider à y mettre le prix ou abandonnera-t-on comme on l’a toujours fait ce secteur, éternel orphelin abandonné à son sort ? Là est toute la question.

 

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